Contexte
Le gestionnaire de la réserve naturelle des Isles du Drac, Grenoble Alpes Métropole, a mené des travaux de restauration écologique en 2023-24 sur la gravière de la Rivoire et le lit du Drac. Ces travaux ont permis la création de hauts-fonds (en bleu ciel) et de zones humides (en bleu foncé) plus ou moins connectées au plan d’eau, par retrait d’un ancien merlon, dont une noue un peu plus profonde (en bleu roi).
Dans un souci d’évaluation des travaux de restauration menés en 2023-24 vis-à-vis des états initiaux réalisés en 2010 (bathymétrie) et 2020 (habitats piscicoles lacustres) Grenoble Alpes Métropole a sollicité notre bureau pour réaliser une campagne de mesures en 2025 portant sur la bathymétrie et une cartographie des habitats piscicoles lacustres.

Équipe et matériel d’intervention
Deux spécialistes du bureau d’étude TEREO sont intervenus sur le site d’étude pour réaliser les analyses nécessaires à l’établissement du diagnostic.
La réalisation des relevés bathymétriques et de la cartographie des habitats lacustres a été réalisée en une journée à l’aide d’une embarcation légère, d’un échosondeur GPS relié à nos smartphones et d’un GPS RTK.
L’utilisation d’un GPS RTK a permis de recaler l’ensemble du relevé bathymétrique en m NGF et ainsi disposer d’une unité référencée et comparable dans le temps. De plus, les zones peu profondes ont pu être échantillonnées grâce à cet appareil alors qu’une embarcation n’aurait pu passer (roselières, zones peu profondes inférieures à 30 cm).

Résultats
Nous ne rentrerons pas ici dans les détails des résultats mais nous pouvons facilement illustrer l’intérêt de ce type d’intervention avec la partie bathymétrie.
Afin de traiter de manière sérieuse ce compartiment, nous avons au préalable recréée la précédente cartographie (relevés topographiques datant de 2010) afin de disposer de la même interpolation[1] des points de mesures et ainsi disposer des mêmes biais de création des isobathes[2].


Une dernière manipulation cartographique a ensuite été réalisée afin de superposer les 2 bathymétries afin de comprendre les effets de la restauration sur le milieu lacustre.

Conclusions
Nos résultats ont permis en couplant les données de bathymétrie et d’habitats lacustres de constater les points particuliers suivants :
La présence de zones de végétation aquatique dans la zone littorale de la gravière. Ceci est intéressant pour une grande partie du cheptel piscicole en place sur la gravière. En effet, les hydrophytes immergées procurent aux espèces phytophiles des sites de reproduction potentiels. De plus, ces zones proposent des supports d’alimentation (espèce phytophage comme le rotengle par exemple) et de protection, en particulier pour les alevins. Les travaux ont permis une augmentation significative (+3 146 m²) de ce type d’habitat en présentant plus de zones peu profondes. Ces habitats « végétaux » sont également très intéressants pour la faune en lien avec la gravière (oiseaux d’eau, poissons, macrobenthos) et pour certaines pour l’ensemble de leur cycle biologique (poissons, macrobenthos). La restauration a donc apporté un véritable gain concernant les communautés biologiques en lien avec ce type d’habitat).
Concernant le macrobenthos, l’apport de matière organique au travers le développement d’herbiers aquatiques devrait engendrer une augmentation de la richesse spécifique avec le développement en particulier de taxons détritivores.
L’apparition d’une plus grande proportion de zones peu profondes (+ 11 500 m² de profondeurs comprises entre 0 et 0,5 m) est aussi un point d’amélioration pour la fréquentation par les oiseaux d’eau comme le héron cendré ou les aigrettes. En effet, ces zones devraient être colonisées par les juvéniles de cyprinidés à certaines périodes de l’année et devraient donc représenter des espaces de prédation plus importants et adaptés à leurs caractéristiques.
En conclusion, cette mission relativement rapide à mettre en œuvre et à traiter permet de constater la plus-value des travaux de restauration de manière objective et quantifiable.
Gaëtan LOUBARESSE
[1] Interpolation : Estimation des valeurs de surface à des points non échantillonnés en fonction des valeurs de surface connues des points environnants.
[2] Isobathes : Se dit d’une courbe reliant les points d’égale profondeur sous terre ou sous l’eau.
