Redonner de l’espace au cours d’eau, au bénéfice des milieux
À l’été et à l’automne 2025, des travaux majeurs de restauration hydro-éco-morphologique ont été conduits sur environ 2 kilomètres de l’Oignin, au sein de la plaine d’Izernore. Réalisée pour restaurer les processus hydromorphologiques et retrouver l’Espace de Bon Fonctionnement (EBF) du cours d’eau, cette opération ambitieuse avait pour objectif de concilier les enjeux environnementaux, les usages du territoire et la fonctionnalité écologique du milieu.
Les interventions ont été conçues pour rétablir les dynamiques alluviales naturelles du cours d’eau et améliorer durablement la qualité des habitats aquatiques et rivulaires.
Nous sommes intervenus en tant que maître d’œuvre sur ce projet structurant et ambitieux porté par le Syndicat de la Rivière d’Ain Aval et ses affluents (SR3A), mobilisant une approche globale et intégrée de la restauration des cours d’eau et ce, du diagnostic à la réalisation des travaux.
Diversification des écoulements et des habitats aquatiques
La diversité des faciès d’écoulement et des habitats a été renforcée grâce à :
- la création de banquettes dans le lit,
- la mise en place de structures bois dans le lit mineur (épis, tas de bois, arbre couché),
- des injections granulométriques ponctuelles.
Ces aménagements contribuent à améliorer les conditions de vie pour la faune aquatique tout en renforçant la résilience du cours d’eau face aux épisodes hydrologiques extrêmes.

Préserver les zones à enjeux par l’adaptation et le génie végétal
Bien que dysfonctionnel l’Oignin et son environnement direct abrite des enjeux de biodiversité important. Des phases de balisages, d’évitement et d’adaptation de chantier ont permis d’éviter l’ensemble des arbres remarquables (à dendro-microhabitats) identifiés et initialement dans l’emprise projet.

Certaines zones sensibles en rive externe de sinuosité (extrados) de l’Oignin (pieds de talus sous route et carrière) ont fait l’objet d’une attention particulière. Des terrassements ont permis de décaler la veine d’écoulement principal vers l’intrados dans l’optique de créer une banquette stabilisée en pied de talus fragilisé tout en intégrant un tunage avec des branches anti-affouillement en pied de banquette. Ces ouvrages permettent à la fois :
- de sécuriser les infrastructures existantes,
- de limiter l’érosion du pied de talus,
- de favoriser une végétalisation progressive, pleinement intégrée au fonctionnement naturel du site.
Reconnecter le cours d’eau à ses annexes alluviales
La reconnexion latérale de l’Oignin constitue un levier essentiel pour restaurer la fonctionnalité écologique de la plaine alluviale et les zones humides associées. Le projet a ainsi permis :
- la réouverture de 4 bras secondaires,
- la création d’un bras de décharge hydraulique,
- la remise en eau de bras morts,
- la création de mares favorables à la biodiversité.
Ces actions renforcent les interactions entre le lit principal et les milieux annexes, améliorant la capacité d’accueil pour de nombreuses espèces et les fonctions naturelles d’expansion des crues.


Gérer les espèces exotiques envahissantes
Le chantier a également intégré le traitement de la renouée du Japon, espèce exotique envahissante à fort impact écologique. La méthode retenue repose sur l’enfouissement des matériaux contaminés dans la nappe d’accompagnement, garantissant une gestion efficace et durable, compatible avec les contraintes hydrauliques et environnementales du site. En étant enfouies sous le niveau de la nappe, les fragments de plantes pourrissent garantissant la non reprise de la renouée.

Un chantier à l’équilibre
L’un des points forts de cette opération réside dans la valorisation des ressources disponibles sur site.
Le bois utilisé pour l’ensemble des ouvrages de génie végétal est issu des déboisements nécessaires à la réalisation du chantier. De la même manière, les matériaux terrassés ont été réemployés grâce à un important travail de criblage, permettant une répartition ciblée des fractions granulométriques en adéquation avec la dynamique alluviale de l’Oignin.
Cette approche limite les apports extérieurs et les transports tout en réduisant le bilan carbone du chantier.

Conclusion
Cette restauration a permis de réamorcer les dynamiques naturelles, renforcer les services écosystémiques de l’Oignin et favoriser la biodiversité à long terme.
Ce projet est une belle illustration de la transversalité de nos expertises, mobilisant nos compétences en hydromorphologie, biodiversité, fonctionnalité des milieux et maîtrise d’œuvre.
L’expertise de travail en milieux naturels du groupement d’entreprises TCHASSAGNE, Yannick MEGRET et la SAS PERRIN a largement contribué au bon déroulé des travaux.
Margaux FOSSIOZ
