Après avoir suivi la formation IBMR à l’institut agro Rennes-Angers avec l’INRAE, il était temps de vous parler de cet indice et du protocole associé.
L’IBMR est un des paramètres hydrobiologique utilisé lors de l’étude d’un cours d’eau, il donne une indication sur le niveau trophique. Tout comme l’indice invertébrés multimétrique (I2M2), ou encore l’indice biologique diatomées (IBD), l’IBMR se repose sur les propriétés indicatrices des espèces. Chaque espèce a un profil écologique propre, lui permettant de se développer sous des conditions environnementales particulières. Certaines espèces sont très généralistes, quand d’autres ne s’installent que dans certaines conditions restreintes et peuvent répondre rapidement à un changement de leur milieu.
Afin de calculer un IBMR, l’utilisation du protocole « macrophyte en cours d’eau » est nécessaire, il se base sur l’étude des plantes aquatiques présentes dans la rivière (protocole normé, AFNOR NF T 90-395, octobre 2003).
Dans quels milieux l’IBMR est-il préconisé ?
Le protocole peut s’appliquer dans tous les types de cours d’eau. Il sera simplement à adapter en « grands cours d’eau » où les opérateurs ne peuvent avoir pied. L’usage d’une embarcation est donc à prévoir sur les fleuves ou les rivières profondes.
Attention, l’IBMR n’est pas adapté pour les plans d’eau, où l’indice biologique macrophytique lac (IBML) est préconisé.
Dans quel cadre calculer un IBMR ?
L’IBMR et le protocole « macrophytes en cours d’eau » ont été initialement développé dans le cadre de la directive cadre sur l’eau (DCE). Cette directive instaure un cadre législatif imposant notamment aux états membres de l’Union Européenne de protéger et de restaurer les masses d’eau. Il a donc fallu établir des normes, en définissant des références de qualité pour les différentes masses d’eau et les protocoles de mesure associés.
L’IBMR est donc en premier lieu un des outils utilisés pour la DCE, mais depuis sa création son usage a dépassé ce cadre et diverses applications sont possibles :
- Mesure du niveau trophique d’un cours d’eau dans le cadre d’un diagnostic ;
- État initial et suivi du niveau trophique d’un cours d’eau dans le cadre de la DCE ;
- Suivi du niveau trophique d’un cours d’eau avant/après la restauration d’un cours d’eau ;
- Mesure de l’impact sur le niveau trophique d’un cours d’eau par un ouvrage, d’une arrivée d’eau, de travaux, ou d’une autre perturbation sur le cours d’eau.
Un élargissement officialisé des applications du protocole est prévu avec une révision de l’IBMR (prévue courant 2025).
Le protocole « macrophytes en cours d’eau » n’est pas nécessaire dans le cadre d’inventaires d’espèces, notamment dans un cadre réglementaire de recherche d’espèces protégées ou menacées. Une prospection classique peut être envisagée.
Comment nos opérateurs procèdent-ils ?
Sur un tronçon de 100 mètres de cours d’eau, toutes les espèces et leur recouvrement respectif sont notés, à plusieurs conditions :
- Qu’elles soient au contact de l’eau : totalement immergées, flottantes ou les pieds dans l’eau ;
- Qu’elles appartiennent aux compartiments biologiques suivants : plantes à fleurs, mousses au sens large (bryophytes et hépatiques), fougères et plantes alliés, algues, lichens et tous les microorganismes formant des colonies visibles à l’œil nu (champignons, algues, cyanobactéries).
La recherche de ces espèces s’effectue à pied dans la rivière à l’aide d’un aquascope ou à bord d’embarcation en utilisant un râteau télescopique. La zone d’étude est placée afin de couvrir les différents faciès hydrologiques et substrats, afin de maximiser la diversité recensée. Les espèces ne pouvant être identifiées sur place sont prélevées.
Un protocole macrophytes en cours d’eau rigoureux est chronophage car la recherche des espèces est un travail minutieux. Teréo suit les recommandations de l’INRAE d’une demi-journée de terrain par IBMR.
Il est également nécessaire d’appliquer le protocole sur la période de mai à septembre pour respecter la période de développement des espèces, sur une date éloignée de tout épisode hydrologique important (crue, lâcher de barrage).
Résultats
Une fois de retour au bureau, une étape de laboratoire est souvent nécessaire afin d’identifier les colonies d’organismes microscopiques, à l’aide d’observations à la loupe binoculaire puis au microscope.
Une fois identifiées, les espèces se voient attribuer un coefficient de sténoécie – une espèce sténoèce étant une espèce spécialisée avec une niche écologique restreinte – ainsi qu’une cote spécifique de niveau de trophie. Ces deux valeurs associées au recouvrement entrent en compte dans le calcul de l’IBMR (qui ne sera pas détaillé ici).
La valeur de l’IBMR obtenue est ensuite confrontée à la valeur de référence du cours d’eau, qui dépend de l’hydroécorégion et de la classe de taille du cours d’eau. Ces références sont définies par des arrêtés (Arrêté du 12 janvier 2010 relatif aux méthodes et aux critères à mettre en œuvre pour délimiter et classer les masses d’eau ; Arrêté du 9 octobre 2023 modifiant l’arrêté du 25 janvier 2010 relatif aux méthodes et critères d’évaluation de l’état écologique, de l’état chimique et du potentiel écologique des eaux de surface).
La comparaison de l’IBMR à la référence permet de déterminer si le cours d’eau est à un niveau trophique normal ou s’il est dégradé. Les résultats peuvent être plus finement exploités en croisant avec d’autres indices biologiques comme l’I2M2 ou en analysant les cortèges d’espèces et leur profil écologique, les habitats physiques observés, la qualité physico-chimique, etc. Dans le cas d’une dégradation anormale, une recherche des causes est à initier afin de les réduire ou de les supprimer.
Lucie BAURET, botaniste amphibie.
Pour aller plus loin :
https://hydrobio-dce.hub.inrae.fr/methodes-dce/methodes-cours-d-eau/macrophytes
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048347187
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000021773857/2017-07-10







