Contexte
Dans le cadre de travaux sur un glacier (gestion d’un risque proglaciaire), notre client disposait d’une mesure de chantier visant à caractériser les conditions physico-chimiques du milieu aquatique et en particulier de la zone située en aval (le milieu récepteur étant un torrent).
Les prescriptions étaient les suivantes :
Préalablement aux travaux, afin d’établir un état initial faisant référence, un suivi des matières en suspension (MES), du taux d’oxygène dissous et de la température de l’eau, en régime de fonte glaciaire, doit être mis en place sur le torrent récepteur.
L’état initial devra mettre en évidence les variations naturelles de débit et de qualité de l’eau liées à la fonte glaciaire : le matin (avant le pic de fonte) et une en fin de journée (si possible au maximum du pic de fonte) ;
Ce suivi des incidences doit se poursuivre pendant l’opération de vidange.
Une alerte sera transmise au service en charge de la police de l’eau si le taux d’oxygène matinal descend en dessous de la valeur de 6 mg/L, ou s’il est inférieur à la moitié de la valeur du taux d’oxygène dissous observé pendant le pic de fonte lors de l’établissement de l’état initial.
Ce type de demande est de plus en plus courante par les services instructeurs et permet de mieux encadrer les impacts potentiels des travaux.
Les difficultés inhérentes à ce type de suivi sont toutefois à prendre en compte :
- Difficultés de disposer de données en temps réels si le suivi est réalisé par des prélèvements d’eau puis emmenés au laboratoire. Il y a souvent plusieurs jours de délais avant de disposer des résultats,
- Difficultés d’accès dans le cas présent, car les stations envisagées se situaient en haute montagne,
- Coût important en raison des manutentions humaines (aller-retour plusieurs fois par semaine + temps de marche, …),
Afin de proposer une solution adaptée aux demandes de l’arrêté préfectoral et disposer de données en temps réel, Teréo a pu s’appuyer sur la technologie actuelle et installer un boitier enregistreur équipé de plusieurs sondes (oxygène, température, pH, turbidité, niveau d’eau). Ce boitier permet également la télétransmission des données enregistrées (toutes les 5 minutes) par réseau 3G/4G/5G.
Il faut toutefois réaliser au préalable un prélèvement de sédiments dans le cours d’eau récepteur afin de construire en laboratoire une courbe de corrélation entre la turbidité et les concentrations en matières en suspension (mg/l). Cette opération est indispensable pour disposer de données fiables.
Des alertes informatiques avec envoi de SMS et de courriel ont ensuite été paramétrées afin d’avertir Teréo en cas de dépassement des seuils définis par l’arrêté préfectoral.
Mise en œuvre de l’installation
Teréo est intervenu en juillet 2025 sur site avec une équipe de 2 personnes pour installer l’appareil de mesure.
La localisation de la station de mesure a été définie en fonction des risques pour l’installation (protection contre les crues potentielles, …), la qualité des mesures (zone assez profonde pour ne pas être découverte en cas d’étiage marqué, stabilité des sondes, …) et la connectivité avec les satellites pour permettre un téléversement des données chaque nuit.
De nombreux tests de connectivité ont dû être effectués dans ce cas de figure car nous nous situions dans une zone quasiment « blanche » en termes de réseau de communication. Dans un cas de figure plus « classique » cette phase est très rapide car le territoire métropolitain est relativement bien couvert.
Le choix c’est orienté sur un passage resserré du torrent (pour éviter les risques d’exondation) et pour sécuriser l’installation (passerelle piétonne permettant d’arrimer le matériel).

Résultats
Le suivi, les différents échanges avec l’administration et le conducteur de travaux se sont bien déroulés grâce à cette installation.
Il a ainsi pu être possible de relever des points particuliers :
Des hausses de niveau d’eau importantes étant liées aux conditions météorologiques mais également à la chute de séracs du glacier. Le suivi du niveau d’eau en continu et de la météorologie en continu également sur le glacier a permis de vérifier les différentes hypothèses liées aux fluctuations de niveau d’eau. Ceci n’aurait pu être possible avec un suivi ponctuel,
Des fluctuations de concentration en MES :
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- On observe de fortes disparités en termes de turbidité au droit de la station de mesure. Lors du début de la montée des eaux le 27/07/2025 la turbidité a augmenté nettement, ce qui semble logique en raison de l’entrainement de matériaux lors de ces phénomènes. La valeur étalon de 1000 NTU est donc déjà à retenir comme référentiel d’une eau chargée en matériaux de manière naturelle pour le cours d’eau.
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- L’augmentation des niveaux d’eau les 16 et 17 août s’accompagne d’une hausse importante de la turbidité et donc de facto des teneurs en MES (près de 10000 NTU et un peu plus de 16000 mg/l enregistrés) en pics relativement courts. Le même phénomène a été observé les 20 et 21 août.
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- L’hypothèse de la chute de séracs ou de parties du glacier libérant des poches d’eau déjà évoquée précédemment concernant les niveaux d’eau peut être avancée également ici pour expliquer les fortes augmentations de MES.



Lors des événements de fortes montées des MES, une analyse a été menée au regard des ressources bibliographiques disponibles (guide technique des suivis de chantier de l’OFB, …).
Au regard de ces valeurs issues d’une publication de l’OFB, les poissons (s’il y en a dans ce secteur du cours d’eau) devraient être impactés de manière non négligeable. Les temps d’exposition et les valeurs de NTU recensés laissent à penser que les conséquences pourraient être les suivantes :
- Abandon des abris,
- Augmentation de la respiration,
- Diminution de l’alimentation,
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Nous devons également rappeler les données bibliographiques issues de SIGMA (1983) qui indique que les seuils létaux pour les salmonidés (dont la truite commune) sont très élevés. Ainsi, une concentration de MES de l’ordre 270 mg/L pendant 2 à 12 semaines ou 2 000 mg/L pendant 4 jours pourraient être fatals à la survie de ces espèces. Il faut indiquer également que la nature des sédiments semble avoir une importance quant à la tolérance des poissons vis-à-vis de ces seuils.
Si on suit cette seconde source bibliographique, on peut se poser la question des chances de survie de salmonidés au droit de la station de mesure durant les pics de MES, bien que ces derniers soient relativement courts (de quelques dizaines de minutes à quelques heures pour le plus importants).
Enfin l’impact sur les communautés macrobenthiques est assez mal connu aujourd’hui. Nous ne pourrons pas lors de cet article évoquer ce sujet.
Il est important de noter que ces élévations importantes de turbidité se sont avérées provenant de chutes naturelles de séracs et non en lien avec les travaux.

Conclusions
En conclusion, cet outil de suivi de la qualité physico-chimique est très intéressant dans le cadre de suivi de travaux car il permet de :
- Suivre en temps réel les conditions de vie dans le milieu aquatique,
- Avertir rapidement en cas de dépassement des seuils fixés,
- Une interprétation plus fine des résultats (suivi en continu, comparaison avec facteurs externes, …),
- Une logistique plus légère que des prélèvements humains réguliers et donc un coût inférieur.
Nous devons également lister les limites potentielles de ce type d’installation :
- Vérification régulière de l’engravement et de l’exondation,
- Couverture du réseau de communication nécessaire,
- Positionnement de l’installation à réfléchir pour limiter les risques (crues, travaux, vol, …).
Gaëtan LOUBARESSE




