Sur la commune d’Entrelacs, en Savoie, la rivière Deysse fait l’objet d’un ambitieux chantier de restauration écologique. Porté par le CISALB (Comité Intercommunautaire pour l’Assainissement du Lac du Bourget), ce projet vise à redonner vie à un milieu aquatique autrefois altéré, tout en répondant aux enjeux environnementaux et climatiques actuels.

Localisation des travaux

Pourquoi restaurer la Deysse ?

Au fil des années, la Deysse a subi d’importantes transformations : rectification du lit, chenalisation, curage, etc. Ces interventions, bien qu’utiles à l’époque pour des raisons agricoles ou de gestion des eaux, ont profondément modifié le fonctionnement naturel du cours d’eau et des milieux annexes.

 

Les diagnostics écologiques et morphologique réalisés ont mis en lumière de nombreux dysfonctionnements :

  • Appauvrissement de la biodiversité piscicole ;
  • Homogénéisation des habitats aquatiques (absence de radiers, fosses, micro-habitats) ;
  • Déconnexion avec les zones humides alentour ;
  • Espèces exotiques envahissantes, comme la renouée du Japon ;
  • État écologique globalement dégradé, avec des impacts sur la qualité de l’eau.

Des pressions environnementales importantes ont donc justifié une intervention pour restaurer les fonctionnalités écologiques de la rivière.

Les objectifs de la renaturation écologique

La restauration de la Deysse s’appuie sur des principes de renaturation R2 et R3, avec une approche globale de l’hydrosystème. Les objectifs principaux sont :

Restaurer la continuité écologique

Les seuils artificiels, radier bétonné ou ouvrages de franchissement ont été supprimés ou modifiés pour laisser passer l’eau, les sédiments et la faune piscicole librement.

 

Réhabiliter les milieux humides

Grâce au génie écologique, le projet permet de reconnecter les zones humides au lit de la rivière. Cela favorise la réhydratation naturelle, essentielle à la biodiversité et à la lutte contre les inondations.

Création du nouveau lit de la Deysse
Diversifier les écoulements

Par la reconstitution d’un matelas alluvial, la création de radiers, banquettes submersibles, et un tracé du lit plus sinueux, les écoulements sont ralentis, régulés et diversifiés.

 

Lutter contre les espèces invasives

Des mesures ciblées ont été mises en œuvre pour maîtriser la renouée du Japon : décaissage profond, enfouissement contrôlé, et suivi de repousse.

Ces actions visent aussi à améliorer la résilience climatique de la rivière, notamment en limitant l’échauffement estival de l’eau.

Un projet d’envergure, piloté par des acteurs locaux

Le CISALB, en tant qu’établissement public en charge de la GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations), assure la maîtrise d’ouvrage. Le bureau d’études TEREO a été chargé de la conception technique et du suivi des travaux.

Le projet s’appuie sur un diagnostic fonctionnel approfondi, avec une étude du milieu naturel (faune, flore, habitats) et une analyse hydraulique (modélisation HEC-RAS 2D).

Un phasage des travaux précis a été établi pour limiter les impacts sur les écosystèmes et préserver les usages (agricoles, chasse  et autres usages récréatifs).

Création d’une passerelle piétonne et des banquettes à hélophyte

Des actions concrètes en faveur du milieu aquatique

Sur le terrain, les travaux de restauration sont visibles et mesurables :

Création de mares et banquettes végétalisées : Des mares alluviales ont été créées, avec des plantations d’hélophytes et des berges en pente douce. Les banquettes végétalisées en bord de lit favorisent les refuges pour la faune aquatique.

Création de mares alluviales

Plantation de végétaux locaux : Plusieurs essences locales seront plantées en massifs arborés ou arbustifs, assurant l’ombrage, la stabilisation des berges et la reconstitution de la ripisylve.

Création de refuges à faune et structures boisées : Des embâcles de bois mort et chicanes ont été installés dans le lit pour diversifier les écoulements, piéger les sédiments et accueillir la faune (truites, libellules, amphibiens).

Création de gîtes à faune

Vers une rivière vivante et résiliente

À l’issue des travaux, un programme de suivi en 2026 a été mis en place comprenant le suivi faunistique et floristique (batraciens, chiroptères, macroinvertébrés) et le suivi de l’entretien des aménagements végétalisés.

Le projet vise également à sensibiliser les usagers du territoire : habitants, exploitants agricoles, collectivités… autour de la valeur écologique du site restauré.

Grâce à cette restauration, la Deysse redevient un corridor écologique actif, renforçant la trame verte et bleue du territoire et contribuant à la résilience des milieux naturels face au changement climatique.

Conclusion

Le projet de restauration écologique de la Deysse illustre parfaitement comment une rivière dégradée peut retrouver ses fonctions naturelles grâce à une approche technique rigoureuse, écologiquement responsable et territorialement concertée.

Nizar BEN HAHA